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Un roman: Le crabe et l’aube, Chapitre 5, par Antoine de Lévis Mirepoix

Le crabe et l’aube, Chapitre 4

Deuxième partie

Les Clairières et les Abîmes
5

Il était difficile de savoir si Françoise était capable d’ourdir un tel piège. Car elle était par ailleurs distraite, paraissait souvent dénuée de mémoire, mélangeait l’accessoire à l’essentiel, confondait les lieux et les gens.

Que s’était-il vraiment passé ? Elle portait un manque, qu’elle considérait comme une tare, sans doute à cause de l’attitude systématiquement culpabilisante de sa mère : elle était stérile, ce qu’elle n’avait avoué à personne. Ruse, calcul ou refus, elle avait peu à peu, indirectement, par des allusions voilées, renversé les rôles et induit chez Roberto la sensation que des deux, c’était lui qui était incapable de procréer. Une impression qui était devenue malaise. Le doute, le diable du doute était en lui.

Françoise se savait fragile. Sa famille : absente, malgré le confort. Elle avait rejeté ses parents. Son frère, un être falot s’était révélé une marionnette homosexuelle. Sa « tare » à elle l’inhibait au point qu’elle n’entendait ni les mots ni la phrase quand Roberto parlait d’enfant. De son côté, Lucía ne se doutait de rien.

Leur séparation, malgré sa gentillesse à lui, laissa Françoise désemparée. Elle apprit qu’elle avait été remplacée. Puis découvrit que cela faisait plus d’un an, au lendemain de leur mariage.

Une vague de vengeance la submergea. Une rage froide la prit, comme si une autre nature s’était emparée d’elle. Elle devint méticuleuse, glaciale. Tout naturellement, elle inventa son mensonge autour d’un enfant, sans doute rêvé au tréfonds d’elle-même, mais qui n’existerait jamais.

Elle n’eut aucune peine à simuler le désespoir, elle était désespérée. Elle en changea simplement les motifs. Elle tenta de le séduire, après tout un homme est un homme. Cela aurait l’avantage de renforcer le doute qu’elle voulait tant faire naître en lui. Il résista. Son refus augmenta sa rage intérieure. Elle en pleura. Ce qu’il prit pour un grand accès de désarroi.

Le mensonge suffira, pensa-t-elle. Et il suffit. Françoise fut aidée par la coïncidence de la concierge qui sortait de sa loge au moment où elle traversait la voûte. Les circon-stances, parfois, semblent donner un petit coup de pouce aux événements. Le hasard ?

Lucía la crut. Dès que Françoise la vit, elle sut que sa vengeance s’accomplirait. Qu’elle était belle, claire et pure ! Elle comprit aussi qu’elle était inapte au mensonge : avec un regard pareil !

Et pourtant la lumière de Lucía s’était voilée par la seule présence de Françoise qu’elle voyait pour la première fois.

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Mai 1985

Le bal avait commencé. Ricardo lui avait donné entière liberté. Et un adjoint à former, pour l’aider, en la personne de son fils. Son propre fils. À peine vingt-huit ans. Fallait-il qu’il ait confiance en lui !

Les exercices de Pavanès exigeaient de lui une heure d’efforts le matin et une heure le soir. Il avait réintégré son appartement à plein temps. Luisa venait souvent, ses trois enfants étaient plus grands. Plus autonomes, et plus respon-sables, elle les avait mis au courant.

De même, au journal, un mercredi après la correction/révision des épreuves de l’hebdomadaire, Ricardo avait réuni son monde et leur avait parlé. Quelques phrases simples et brèves autour des faits. Roberto s’était exprimé, lui aussi :

« — Bon, vous êtes maintenant au courant. Ne vous effrayez surtout pas de mes déguisements. »

Il avait ri de leurs mines étonnées.

« — Je vais changer. Il se peut que vous ne me recon-naissiez pas, comme ça, un beau matin. D’un peu bedonnant je vais devenir très maigre. De chevelu, chauve. De barbu, imberbe. Comptez sur moi pour vous faire des farces — je ne vais pas changer mes habitudes quand même — perruques, fausses moustaches, tous les postiches imaginables. Je vais peut-être aussi changer autrement : mon sourire pourra devenir un peu crispé, je serai moins éveillé, moins vif, qui sait, peut-être le contraire. Je vous demande une seule chose, regardez-moi, parlez-moi, approchez-moi comme vous m’avez toujours regardé, parlé, approché. De la même manière. Marché conclu ? »

Tous acquiescèrent. Souriants, sombres ou en  pleurs, ils étaient retournés à leurs postes de travail. Ils n’avaient plus le cœur à l’ouvrage, dans un silence inhabituel on en-tendait le bruit des papiers que l’on range, que l’on froisse.

Lui qui aime par-dessus tout la fantaisie, l’imprévu, l’improvisation, a été contraint d’adopter une régularité de métronome. Incluse dans le pacte.

Un support indispensable au combat, à la ruse, au grand jeu.

Le grand jeu, on y est. Julio a déclenché l’artillerie lourde. En accord avec Pavanès, qui tente de compenser les effets secondaires, d’équilibrer l’énergie physique et psychique.

Il souffre. Les séances rayons se succèdent. Luisa a aménagé ses horaires pour pouvoir l’accompagner le plus souvent possible. Quand elle ne peut pas, c’est le petit frère du chauffeur du journal qui le conduit. Il avait su, et s’était proposé. Santiago, son adjoint, le fils du patron, aurait bien voulu. Roberto et lui s’entendent très bien. Mais ce n’est pas possible, en son absence, il doit être là.

Il n’a plus très faim. Ses cheveux tombent. Bientôt les sourcils. Il se sent faiblir physiquement. Il perd l’équilibre.

Puis la chimio entre dans la danse. Avec les nausées que Pavanès réussit à stopper. Il somnole, trop souvent à son goût.

Cette première étape dure six mois. Il a parfois l’impression de se noyer. Il se réveille en suffoquant.

« — Luisa, je me sens de plus en plus faible, je dégringole la pente…

— Non, je t’assure que tu tiens bien le coup. C’est vrai, tu n’es pas très sportif et tu fais un extraordinaire parcours.

— Luisa, j’ai vraiment peur. Je ne devrais pas te le dire, mais cela augmente. Une peur diffuse qui revient toujours à l’accident du train.

— Écoute bien, Roberto. Cette fois-ci tu te trouves dans un autre train, le tien, celui de ta vie, de ta mort. Tu as choi-si la lutte. Toi seul. C’est ton libre arbitre. Je t’admire et je t’aime.

— Merci Luisa, merci. » Il est secoué de tremblements.

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Avril 1986

Un matin de début de printemps — un autre printemps, pense-t-il en souriant, il se sourit à lui-même avec douceur, l’air est léger — il se sent mieux.

Il ne sait pas vraiment le définir, il n’est plus écorché, soudainement cette griffe dans sa poitrine a lâché prise, une légèreté est en lui, dans son corps physique, dans son esprit, dans son regard. Quelque chose de neuf, de lavé, de purifié. Il sourit à nouveau.

Luisa, qui passe par là, le voit, s’immobilise, l’embrasse longuement, lui prend la main, elle pleure doucement de bonheur, point n’est besoin de mots.

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Il remonte. Lever six heures. Marche et exercices de Pavanès jusqu’à huit. Petit déjeuner. Journal (ou séance) de neuf heures à midi. Déjeuner léger mais précis : Pavanès a tout codifié, les ingrédients, les quantités, les protéines, les couleurs des aliments, leur équilibre chaud/froid et yin/yang. Surtout frais, vivants. Pas de micro-ondes. Deux heures de sieste ou repos ou lecture. Pas de télévision, d’écran ou de portable : il est assez irradié comme ça. De seize à dix-neuf heures, ce qu’il aime, au jour le jour : une exposition, le journal, une marche, un film, bavarder avec les enfants de Luisa ou des amis. Dîner à vingt heures trente, coucher entre vingt-trois heures et minuit après une autre heure d’exercices et lecture. Un soir par semaine, champ libre. Samedi et dimanche pareil, mais il peut traîner, suivre davantage ses envies. Pas de voyages lointains. Pas de changements de climats. Roberto s’habitue, y prend presque goût, la moindre variation autorisée le remplit de joie, il comprend davantage la profondeur des bonheurs minuscules, l’importance des petits détails. La réalité : à la foi unique, multiple, si personnelle… et si changeante.

Il remonte. Julio est content de lui.

Maintenant qu’il va mieux, il rend plus souvent visite à Montserrat.

Elle vit dans un faubourg extérieur de la ville qui est comme un petit village. Tout le monde la connaît, l’aime, elle s’y sent bien. Gaie malgré son âge, elle ne se plaint de rien, accepte ses misères. Elle porte en elle l’antidote de la solitude : l’amour des êtres, des animaux et des choses, et la douceur. Une grâce aussi, celle d’y voir et d’entendre bien à presque cent ans. Roberto a pour la sœur aînée de son grand-père paternel toutes les faiblesses. Parce qu’elle lui ressemble et qu’il l’a tant aimé. Il s’occupe de sa vie matérielle et l’écoute raconter autrefois à chaque visite. D’une petite voix chevrotante, elle narre le siècle passé, témoigne de la paix et de la guerre — trois guerres ! — des détails du quotidien, menus comme ses pas et le filet de sa voix. Le sourire surgit au détour de ses phrases, elle rit aussi, parfois une larme brille dans son regard.

Roberto ne lui avait donc rien dit. Mais un jour :

« — Parle-moi un peu de toi, Roberto. Comment se fait-il que tu aies tant de temps pour venir me voir depuis quelques mois ?

— Je ne sais pas, je ne me rends pas bien compte, sans doute parce que j’ai un assistant maintenant, il faut bien que je lui laisse faire des choses…

— Ts, ts, ts. Tu ne me dis pas la vérité. Je te trouve changé. Tu es plus maigre, plus pâle, et puis il y a autre chose. Tu as changé… là. »

Elle a posé avec autorité son index sur sa poitrine, il sent la pression pointue de son doigt sur son cœur.

« — Et peut-être aussi là. »

Cette fois son doigt appuie sur son front, entre les yeux. Elle lui sourit avec tendresse.

Il prend sa main et l’embrasse.

« — Montse… Oh Montse… »

Tout est dit.

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Juillet 1986

Un certain rythme s’était installé. Que le métronome implacable des horaires quotidiens ponctuait. Peu à peu, au fil des mois et maintenant des années, cette rigueur même avait semblé s’estomper, ni lui ni ceux qui l’entouraient n’y prêtaient plus attention, l’étau de la contrainte s’était trans-formé en habitude de vie.

Pas vraiment de hauts ni de bas. Julio et Pavanès sou-tenaient ses efforts, sa volonté et sa tension intérieure deve-nue une seconde nature. Luisa veillait à ce qu’il puisse se détendre complètement, le plus souvent possible. Depuis les grands moyens employés voici trois ans, il n’avait pas été besoin d’y recourir. Roberto se maintenait.

« — En avant, calme et droit », ironisait-il.

Il écrivait. Un roman caustique et burlesque, une aventure de cape et d’épée qui le ravissait comme un enfant, située dans sa ville et le port, six siècles auparavant. Il écrivait sans hâte.

C’est ainsi qu’il s’était habitué à vivre sa nouvelle vie, éloignée de l’agitation nerveuse qui le faisait courir autrefois. Il prenait le temps de porter son regard sur les êtres et les évènements, et aussi sur lui-même. Pour maintenir ce regard posé. Pour ressentir, pour éprouver la réalité, les réalités.

Les réalités… Il se rapprochait des trois enfants de Luisa, et ceux-ci de lui. Était-il pour eux un oncle, un cousin plus âgé, un grand frère ? Il apprenait à les connaître, chacun. Il les aimait.

Il revoyait des anciens amis, de l’Université, du collège. Avec la majorité d’entre eux, il était évident qu’ils n’avaient plus rien en commun. Pour un tout petit nombre, c’était l’in-verse, une re-découverte. Les réalités…

Avec Luisa, ils allaient, quand il faisait beau, dans la maison de famille. Petit village, non loin de la mer. Grande, à l’abandon mais pas en ruine, elle sentait la poussière et le renfermé. Ils poussaient les volets, laissaient les fenêtres ouvertes, faisaient un pique-nique dans le jardin ou allaient à l’auberge du village où les patrons l’avaient toujours choyé, depuis l’enfance.

Certaines pièces étaient vides, les pas résonnaient, on parlait bas. À l’étage, les parquets craquaient. Le frère et la sœur de Roberto n’y venaient jamais : le tourbillon du quotidien pour refuser le passé, nier l’accident et le départ des parents. Ils avaient opté pour les voyages et s’étourdissaient de pays, de monuments, de musées, d’exotismes, ou d’endroits à la mode.

« — Tu vois, Luisa, on peut dire que maintenant je suis seul avec la maison de l’enfance des miens, seul devant notre passé, notre famille, nos souvenirs. Qu’est-ce que je peux en faire, Luisa ?… À ton avis ?

— Je ne sais pas. Je ne sais pas te conseiller. Nous, nous avons tout perdu à la génération de mes parents. Parce que personne n’a pris de décision, personne n’a voulu s’en-gager. C’est pire que tout. Dans ton cas, ce que je sais, c’est que tout dépend de toi, tu es le seul qui puisse agir.

— Bon. Oui. Mais qu’est-ce que j’en fais ? »

Ils sont dans le jardin, à l’ombre du grand tilleul. La brise de mer et les oiseaux chantent.

« — Tes enfants, ça ne leur parle pas, pas en profon-deur. En faire un musée, il n’y a pas assez de matière pour cela. Peut-être voir avec la municipalité, avec l’aubergiste ? »

Luisa sent combien son regard a changé. Avant il aurait été tranché, il se serait énervé. Elle l’aime, comme avant, comme maintenant.

Le crabe et l’aube, Chapitre 6

 

Antoine de Lévis Mirepoix, de mère argentine et de père français, est né en 1942 aux Etats Unis, a vécu une partie de son enfance en Argentine puis en France, principalement à Paris.

A l’adolescence il a été élève de l’école des Roches, collège de Normandie, sous la direction d’André Charlier. Après maths sup et maths spé, études de sciences économiques puis de lettres à lla Sorbonne. Coopérant à l’Université du Nord à Antofagasta, Chili, il entre aux Affaires Etrangères pour occuper divers postes culturels et pédagogiques à Mexico, Barcelone, Beyrouth et Nairobi.

Puis il enseigne deux ans dans un CES de Moulins, Allier, France. Il entre ensuite au Centre National d’Etudes Spatiales à Toulouse dans le cadre du Satellite Spot, chargé à Spot Image du développement commercialpour l’Amérique, puis des relations avec les organisations internationales.

En 1991 il rejoint la Girection Générale des Laboratoires Pierre Fabre à Castres comme responsable des relations internationales du Président. Il réside à Buernos-Aires depuis 1997 où il ouvre un bureau de consultancepour guider des entreprises françaises désireuses de s’implanter au Brésil ou en Argentine. Bureau qu’il fermera début 2002.

Membre de l’Académie des Jeux Floraux de Toulouse depuis 2000, Antoine de Lévis Mirepoix partage son temps aujourd’hui entre la France et l’Argentine où il cultive sa passion pour les chevaux.

Il publie en 2008 son premier roman aux Editions du Rocher, « Le Passeur ». En 2011 « Le Crabe et l’Aube » est édité chez Atlantica qui décide de mettre fin à ses activités le jour même de la publication du récit. Trois autres romans non encore édités : « Quartetti e Sonata a Tre » et « Fortuit », “Contes Véridiques”, un sixième en voie d’achèvement et un septième en cours d’écriture. Antoine de Lévis Mirepoix a écrit égalementquelques récits courts sur les voyages, les chevaux, Venise, etc … et des poèmes.

Conférencier à ses heures autour de thèmes divers comme « les bibliothèques », « Gérard de Nerval », « l’Amérique du Sud », « Antoine de Saint Exupéry », il s’interroge sur le destin, le sens des mots et de la parole, la signification du voyage, la création artistique, la juste place de l’homme.

Un roman: Le crabe et l’aube, Chapitre 4, par Antoine de Lévis Mirepoix

Le crabe et l’aube, Chapitre 3

4

Il a revu Pavanès. Qui lui a recommandé des exercices respiratoires, des exercices physiques, l’acti-vation de certains points d’acupuncture, des massages et une hygiène alimentaire assez stricte. Il a aussi varié les pilules. Roberto a confiance en l’homme.

Comme il se sent mieux, comme il revient chez Luisa une semaine sur deux, comme il récupère peu à peu son horaire au journal, il néglige les instructions de Pavanès, tout en les observant de temps à autre.

Françoise est retournée à ses gurus. Luisa ne relâche pas sa vigilance, elle l’observe avec acuité.

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Décembre 1984

Le soir de Noël avait réuni les trois enfants : Roberto, son frère, sa sœur et leurs familles. Tout « normal ». Depuis la mort brutale des parents dans cette collision de chemins de fer, chacun des trois enfants faisait comme si. Mais le seul qui était dans le train, qui avait vécu et vu était le cadet, Roberto. Si certaines images avaient été enfouies, et le sang effacé du souvenir, si en apparence il n’éprouvait pas de craintes différentes du commun des mortels, il gardait au fond de lui, latente, une sourde angoisse devant ce qui évoquait un accident, n’importe quel accident.

Cela le prenait sans préavis, surgissant de nulle part. Ou relié à un élément précis. Pour lui, la mort était un abandon.

Définitif ?… En aucun cas un hasard. On était toujours seul à la fin du compte. Incertains étaient ces espaces. Il évitait d’y penser.

Il avait passé le jour de Noël avec Luisa et ses enfants. Ils étaient à lui sans être de lui.  Il en avait profité, avec une joie secrète et forte, deux garçons une fille, de la fin de l’en-fance à la fin de l’adolescence. Qu’était-il pour eux ?

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Le début de l’année avait été morne. Toujours des évé-nements sanglants au Moyen-Orient. Roberto avait signé une chronique où il relevait l’extrême instabilité des seuls deux États créés dans le but de réunir des hommes d’une même religion, le Pakistan et Israël. Une affaire de territoire, car fonder deux nations sur le dénominateur commun religieux, dénominateur/dominateur, cela avait-il un sens ?

Il voyait Pavanès chaque mois. Se sentait bien.

Un mois. Deux mois. Trois mois. Le printemps était avancé quand apparut une petite toux, sèche, tenace. Puis brusquement la fatigue revint. Comme un cheval au galop, ainsi parle-t-on de la mer qui reflue après le retrait du raz-de-marée.

« — Qu’est-ce qui se passe, Julio ? Je ne me sens pas bien, la fatigue est revenue.

— On va voir ça. D’abord les analyses, nous allons examiner ” les indicateurs “.

— On se croirait dans un roman policier, non, un roman noir… »

Julio sourit. Il connaît le cynisme affiché de Roberto. C’est sa tenue de combat.

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Alejandro avait été ministre. Il dirige aujourd’hui une banque. Il est l’une des deux exceptions parmi les gens in-fluents. Ils se sont connus au moment où Roberto avait ren-contré Françoise. Plus âgé, brillant causeur, féru d’histoire, il cache derrière un snobisme affiché une profonde fidélité de sentiments. Par le journal ils s’étaient vus. Par l’humour, ils se sont reconnus. Ils s’entraidaient sans hésiter. Amitié vraie. Confiance. Deux frères.

« — J’aurai besoin de te voir, Alejandro.

— Quand viens-tu dans la capitale ?

— Aucune idée, ce n’est pas prévu pour l’instant.

— Tu as une drôle de voix, quelque chose qui ne va pas?

— On ne peut rien te cacher…

— Pas tout le monde, mais toi, oui, tu ne peux pas me cacher grand-chose, Roberto. Bon, je viens. Disons samedi matin, ça te va ?

— C’est parfait.

— Je prendrai le vol de neuf heures. »

Ils sont assis à la terrasse d’un café devant la mer. Il fait beau. Encore froid. Le vent lave la Méditerranée et le ciel. Roberto est pâle.

« — Tu sais, l’année dernière j’ai eu un début de can-cer. Je ne t’ai rien dit, je ne pouvais pas. Voilà. Le traite-ment a fonctionné à merveille. Et puis là, tout d’un coup, la fatigue est revenue comme avant.

— Quand je t’ai vu à l’automne, tu paraissais en pleine forme. Bon. Et les analyses de maintenant ?

— Résultats dans trois jours. Cette fois j’ai vraiment peur, Alejandro.

— Luisa ? Françoise ? Ricardo ?

— Je pense que Ricardo a deviné l’année passée. Il a été parfait, n’a posé aucune question, a accepté tous mes changements d’horaires, m’a emmené naviguer sur son ketch. Françoise, comme tu peux imaginer : colère, sentiment d’abandon, puis retour à ses ésotérismes. Luisa : magnifique. M’a mis en contact avec un très bon homéopathe — j’avoue n’avoir pas tout suivi à la lettre, j’allais bien, tu comprends, j’étais plein d’énergie — et elle me surveille en permanence du coin de l’œil.

— Où en es-tu avec Lucía ?

(Décidément cet Alejandro pose toujours les bonnes questions.)

— Il me semblait t’avoir dit. Presque deux ans mainte-nant qu’elle est partie pour le Pérou. Elle a épousé Andrès, un ingénieur, musicien guitariste très doué, qui avait un contrat à Lima. Le mariage plus le départ en moins d’une semaine.

— Qu’est-ce qui s’était donc passé entre vous ?

— Je ne sais pas, je n’ai pas compris.

— Ce n’est pas normal, ce n’est pas possible… Cherche, mais cherche bon sang… Tu dois trouver.

— Je ne vois pas. Avec Françoise, nous étions séparés depuis six mois environ.

— Et si mes souvenirs sont exacts tu n’avais pas encore rencontré Luisa.

— C’est vrai. »

Cette petite toux ne plaît pas à Alejandro. Il regarde son ami au fond, avec les yeux du cœur, et il n’aime pas ce qu’il voit.

La troisième personne, c’est Alejandro. Il en est soulagé.

Il aurait eu le sentiment d’accabler Montserrat qui ne pouvait admettre la chose. Et Roberto n’osait pas reprendre contact avec Lucía. Surtout après ce qui était arrivé. Plus deux ans de silence.

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Après ce qui était arrivé… Après, en cherchant à reconstituer l’enchaînement des faits autour du départ précipité de Lucía cet été-là, il s’était posé des questions sans fin. Il avait conclu que Françoise n’était pas responsable, qu’elle avait agi comme un animal blessé, elle avait d’ailleurs effacé de sa mémoire le tremblement de terre qu’elle avait provoqué par cette faculté particulière de gommage qui fait partie de la survie des êtres fragiles.

Cette interprétation lui convenait. Il pouvait enfouir sa douleur et oublier volontairement le mal qu’elle lui avait fait, sans honte. L’amour unique qui les unissait, Lucía et lui, avait été fauché en plein vol, simplement parce que Lucía avait cru Françoise. Et parce que Françoise avait inventé de toutes pièces un événement qui n’avait jamais existé, projection inavouée de l’histoire qu’elle aurait voulu vivre.

L’irresponsabilité de Françoise l’aidait à alléger le poids de ce qu’il ressentait comme une trahison. Cela seul importait. Cela seul lui permettait de survivre à cette mort-là qui l’avait foudroyé, Lucía était loin, mariée, doublement hors d’atteinte. Saurait-il continuer son chemin ?

Il rencontra Luisa.

Laquelle avait souffert d’un divorce lamentable. Elle s’en était sortie. Grâce à ses enfants, à sa volonté méthodique, à son énergie. Elle fut séduite par le charme et la faiblesse de Roberto. Il était comme vidé de toute substance. Persistaient son humour, la passion de son métier de journaliste et d’écrivain.

Luisa la volontaire décida de le sauver. Au fil des jours vinrent l’affection, puis la tendresse, puis l’amour.

Les premières grandes fatigues étaient apparues. Qui aurait songé à les attribuer aux poumons après le désastre émotionnel qu’il venait de subir ?

Maintenant, après ce temps, il ne pouvait pas refuser la vérité à cet amour inconditionnel. Il lui parlait.

« — Avec Françoise, cela a duré trois ans. Elle ne voulait pas se marier. Elle ne voulait pas d’enfant. J’ai fini par la convaincre, au bout de deux ans. Pour le mariage. Pas pour les enfants.

— Mais elle t’aimait, m’as-tu dit souvent. Alors ? Elle devait bien voir que tu mourais d’envie d’être père ?

— Je ne sais pas, Luisa, même avec le recul de maintenant. Toujours est-il que j’ai commencé à en vouloir vraiment, des enfants. Et puis ses caprices, et puis son ésotérisme, et puis…

— Et puis ?

— Et puis, une semaine après notre mariage, j’avais revu Lucía. Je n’ai pas résisté plus d’un mois. Pendant pres-qu’un an, j’ai mené une double vie. Des précautions, des ruses, épuisant. Et aussi la plus absolue merveille. Nos corps et nos âmes… comment dire… un arc-en-ciel. Alors, je ne pouvais pas m’en vouloir. Je ne pouvais pas non plus en vouloir à Françoise à ce moment-là. (Elle l’écoutait avec ferveur, ne s’impliquait pas, ne portait aucun jugement.)

— Je comprends… C’est vrai… Oui, tu as raison.

— Jusque-là, c’est clair… Je n’aurais jamais pu me douter de la suite. J’étais — je suis toujours — incapable d’imaginer une chose pareille, une telle mystification…

— Une mystification  ?

— C’est ce qui résulte de mon analyse, en y repensant après coup, si souvent. Je n’ai jamais pu en parler directement avec Françoise. En fait, c’est ce que j’ai déduit de la grande crise de Lucía.

Nous nous sommes séparés avec Françoise pour la question des enfants justement. Assez aimablement, du moins je le croyais. Finies les ruses et les précautions avec Lucía. Et Françoise a su. Comment ? On sait toujours un jour ou l’autre, finalement.

Alors là, imagine, elle prend son temps et se débrouille pour aller trouver Lucía… »

Soudainement la voix lui manqua, elle le prit dans ses bras, lui caressa les cheveux doucement, lui dit des mots tendres.

« — Et elle lui annonce qu’elle attend un enfant de moi. C’est vrai qu’elle avait dormi chez moi trois mois plus tôt, mais parce qu’elle était désespérée et qu’elle n’avait person-ne à qui parler, je ne sais pas aujourd’hui si c’était vrai ou si elle avait tout prémédité.

— Mais que s’est-il passé chez toi cette nuit-là ?

— Rien, rien du tout. J’ai dormi sur le canapé. Mais la concierge l’a vue. Et Lucía a été vérifier. Alors elle l’a crue. Elle s’est sentie trahie, elle n’a pas réalisé que c’était impos-sible parce que Françoise refusait un enfant et l’avait toujours refusé. Lucía et moi en voulions tellement un qu’elle ne pouvait pas comprendre l’inverse. C’est contraire à sa nature. Comme la manipulation.

— Écoute Roberto, tu aurais tout de même pu lui expli-quer, lui dire, l’interrompre, la gifler, la prendre dans tes bras, je ne sais pas moi, mais en tout cas faire quelque chose ?

— Non elle ne m’a pas laissé parler. J’étais statufié. Je ne l’avais jamais vue comme ça. Elle était hors d’elle-même. Ne voulait rien entendre. Pleurait, criait, haletait. Je l’ai laissée partir. J’étais comme paralysé, comprends-tu ? Sa belle lumière était devenue grise et froide, comme l’éclair d’acier d’une lame l’espace d’un instant, éclat fugitif avant la mort… À peine si je me souvenais de ce qu’elle m’avait dit, c’est revenu par la suite, lentement, et je suis sûr que j’en ai laissé filer la moitié… Elle a disparu pendant une semaine… »

Il se mit à pleurer. À travers ses larmes, il lui raconta qu’elle était partie de chez elle, avait condamné ses téléphones au mutisme, puis l’avait enfin appelé pour lui annoncer qu’elle était mariée et partait le même jour pour le Pérou.

« — Adieu. »

Et elle avait raccroché.

C’était en juillet, en 1982.

Aujourd’hui, il sait qu’il continue son chemin. Pour combien de temps ? Deux ans se sont écoulés depuis sa rencontre avec Luisa, l’aime-t-il vraiment  ?

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Avril 1985

Julio avait la mine sombre :

« — Cette fois, il faudra que tu mettes le paquet. Ton truc, c’est reparti. Et en beauté. Dis-moi, tu n’as pas eu de contrariété récemment, quelque chose en plus ?

— Non rien. Non vraiment, pas que je sache. »

Mais il sait, Roberto. Le correspondant Amérique Latine du journal est passé par Lima et lui a annoncé la naissance du premier bébé de Lucía, un garçon.

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« — C’est sérieux, maintenant. Ou vous faites ce que je vous dis à la lettre, ou je ne veux plus vous voir. Il faut vous battre à chaque seconde, pied à pied. Je ne sais pas si vous pourrez vous en tirer. Car cela dépend plus de vous que de moi. Acceptez-vous ? »

Pavanès le regarde sans ciller, calme à son habitude, mais plus sévère, plus austère. Plus qu’accepter, Roberto choisit d’obéir.

C’est un pacte. Un pacte avec la mort. Avec la vie. Il va jouer. Se faufiler. Placer ses pions. Jouer, c’est-à-dire ruser.

De leur côté, Julio et Pavanès s’étaient rencontrés. S’appréciaient et se respectaient.

Le bal commence.

Premier pas : il regarde sans ciller le verdict de la Faculté, sursis deux ans.

Second : l’organisation de la lutte, sur deux voies parallèles, Julio et Pavanès, qu’il va parcourir simultanément.

Troisième : demander ouvertement l’aide de Ricardo.

Enfin, il sait qu’il sera lui-même l’artisan principal de la guérison ou de la prolongation du délai, il le désire, le veut et en prend la responsabilité. Un choix. Son choix.

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Roberto se rend-il compte qu’il a mené une double vie ? Qu’il ne peut en vouloir à Françoise ? Pas plus qu’à Lucía et à lui-même.

Un élan inexorable les avait embrasés. Roberto, Lucía.

Sans savoir, ils savaient. Ils savaient qu’ils s’aimaient depuis avant, loin, si loin qu’ils ne pouvaient ni nommer ni imaginer. Et aussi qu’ils s’aimaient longtemps après, loin devant. Non pas qu’ils s’aimeraient jusqu’à la fin des temps, mais qu’ils s’aimaient hors du temps ; en eux le temps aboli. Leur amour était au présent l’inconcevable durée.

Ils se défaisaient et se reconstruisaient à chaque instant dans le mouvement insondable de la vie. Ils parlaient le langage vibrant des profondeurs, les sons des mots et du silence, avant même le regard et les mains et leurs peaux. Ils se respiraient, ils naissaient.

Sa lumière était en lui fulgurante. Pour elle, il était vent solaire.

Tous deux incendiés.

Le crabe et l’aube, Chapitre 5

 

Antoine de Lévis Mirepoix, de mère argentine et de père français, est né en 1942 aux Etats Unis, a vécu une partie de son enfance en Argentine puis en France, principalement à Paris.

A l’adolescence il a été élève de l’école des Roches, collège de Normandie, sous la direction d’André Charlier. Après maths sup et maths spé, études de sciences économiques puis de lettres à lla Sorbonne. Coopérant à l’Université du Nord à Antofagasta, Chili, il entre aux Affaires Etrangères pour occuper divers postes culturels et pédagogiques à Mexico, Barcelone, Beyrouth et Nairobi.

Puis il enseigne deux ans dans un CES de Moulins, Allier, France. Il entre ensuite au Centre National d’Etudes Spatiales à Toulouse dans le cadre du Satellite Spot, chargé à Spot Image du développement commercialpour l’Amérique, puis des relations avec les organisations internationales.

En 1991 il rejoint la Girection Générale des Laboratoires Pierre Fabre à Castres comme responsable des relations internationales du Président. Il réside à Buernos-Aires depuis 1997 où il ouvre un bureau de consultancepour guider des entreprises françaises désireuses de s’implanter au Brésil ou en Argentine. Bureau qu’il fermera début 2002.

Membre de l’Académie des Jeux Floraux de Toulouse depuis 2000, Antoine de Lévis Mirepoix partage son temps aujourd’hui entre la France et l’Argentine où il cultive sa passion pour les chevaux.

Il publie en 2008 son premier roman aux Editions du Rocher, « Le Passeur ». En 2011 « Le Crabe et l’Aube » est édité chez Atlantica qui décide de mettre fin à ses activités le jour même de la publication du récit. Trois autres romans non encore édités : « Quartetti e Sonata a Tre » et « Fortuit », “Contes Véridiques”, un sixième en voie d’achèvement et un septième en cours d’écriture. Antoine de Lévis Mirepoix a écrit égalementquelques récits courts sur les voyages, les chevaux, Venise, etc … et des poèmes.

Conférencier à ses heures autour de thèmes divers comme « les bibliothèques », « Gérard de Nerval », « l’Amérique du Sud », « Antoine de Saint Exupéry », il s’interroge sur le destin, le sens des mots et de la parole, la signification du voyage, la création artistique, la juste place de l’homme.

“By this I mean the sorts of justifications that have been offered throughout the Anglophone world, commencing in th...

El deseo no el quiero, por Juan José Scorzelli

EL DESEO NO ES EL QUIERO

“Se anuncia una ética, convertida al silencio, por la avenida no del espanto, sino del deseo” J. Lacan (1)

El deseo no es el quiero, pues puede ser justamente lo contrario. Allí juega la distinción entre el Yo quiero o el eso desea, ya que, eso desea en mí, sin que yo lo sepa. Dos fórmulas se desprenden de estas enunciaciones: Te quiero aunque no quieras o te deseo aunque no lo sepa. Un abismo las separa: en una se adivina el forzamiento, en la otra, el pañuelo hace causa de un deseo que se suscita, sin que se muestre la premura solicitante (de la posición sexuada que sea).

 

EL OBJETO DEL DESEO

“¿No será más bien, como me ha ocurrido decirlo, botella de Klein, sin adentro ni afuera? ¿O aun, sencillamente, por qué no, el toro?” J. Lacan (2)

El deseo así es en principio inconsciente: articulado pero no articulable, decía Lacan, pero interpretable su objeto: el objeto del deseo. Para ello es el toro la mejor superficie, una cámara de auto o un salvavida muestra su estructura al sumergirse en un espacio de tres dimensiones, ya que su origen es topológico, de dos dimensiones sin adentro ni afuera, en la que el agujero central se halla en continuidad con la periferia. Es allí donde las vueltas de la Demanda, que constituyen su directriz, evocan en su cierre (operado por el analista) un más allá donde el deseo puede donar su objeto. Así, se cumple el veredicto: el  deseo  está más allá de la Demanda (del Otro). El fantasma es su sostén, el fantasma está en el campo del Otro (J. Lacan. Seminario 10,  La angustia).

 

COMO OTRO, DESEO

“Of Structure as an Immixing of an Otherness Prerequisite to Any Subjet Whatever” J. Lacan (3)

El deseo como deseo del Otro, implica que deseo como Otro. Y Lacan pone de relieve que el sujeto solo es abordable desde el Otro, en Immixión de Otredad. La Immixión es mezcla indiscernible, donde los elementos mezclados son imposibles de separar, por ej.: la mezcla de agua con azúcar. Esta concepción rompe con todo individualismo, ya que el inconsciente de Lacan no está dentro de ningún individuo y sus límites no son los del cuerpo biológico, sino que habita en un espacio no 3D, sin adentro ni afuera, allí mismo donde podríamos situar el lenguaje en general. Es en este sentido que Lacan cuestiona la autoría, ¿quién es el autor?, poniendo como ejemplo las invenciones realizadas por dos o más científicos sobre el mismo tema, en el mismo momento histórico, sin conocerse entre sí (los alemanes August Ferdinand Möbius y Johann Benedict Listing conciben al mismo tiempo y de forma independiente la banda nombrada luego como de Möbius, en 1958). La dimensión del sujeto y del Otro no pertenecen al espacio euclidiano. Sujeto y Otro deben pensarse no como partículas sino más bien como ondas (teoría onda-partícula), interpenetrables.

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  1. Jacques Lacan. Libro 7: “La ética del psicoanálisis” (1969-60), Buenos Aires, Paidós, 1988.
  2. Jacques Lacan. Seminario de Caracas, Venezuela, 1980.
  3. Jacques Lacan. Conferencia de Baltimore (EEUU 1966).  “Acerca de la estructura como mixtura de una Otredad, condición sine qua non de absolutamente cualquier sujeto”. [Traducción de Leonel Sánchez Trapani en la Revista Acheronta].


Arte – Carlos Alonso – “Adam and Eve Expelled from Paradise” – Expresionismo – 1969